Les Abîmes de Tisse-Liens

Jeu coopératif sur les maltraitances aux enfants (3 protagonistes ou davantage)
Images WEB pour abîmes de Tisse-Liens
Inspiré du livre du sociologue indépendant Laurent Mélito : « L’Enfant des abîmes (re)lire Jack London »

Règles du jeu

LES ABÎMES DE TISSE-LIENS

Objectif : 

Faire descendre le pion de la situation de danger (Seuil 5) vers la « Zone d’Équilibre Nécessaire (Z.É.N.) » au centre, où l’enfant peut vivre sa vie d’enfant !... Personne ne gagne sans les autres : c’est ensemble que – soit on réussit à accompagner l’enfant – soit le système bloque.

1. PRÉPARATION :

– La Rose des Vents : Plateau de jeu placé au centre. Identifiez le « Centre (Z.É.N.) » et les pointes de la rose des vents (Danger Max).

– Les Pions : choisis en fonction de la couleur annoncée dans la carte « Situe-Action » pour représenter l’enfant de la carte tirée.

– Mise de départ : deux pioches : un tas de 25 cartes « Situe-Actions » posé à gauche en bas de la  Rose des Vents. Disposez en bas à droite le mélange des 16 « Ressources » + 16 « Obstacles ».

2. DÉROULEMENT D’UN TOUR (UN "JOUR")

Chaque tour représente une journée d’action pour sauver l’enfant, et se joue en 3 étapes :

  • ÉTAPE 1 : LA SITUATION (Le Diagnostic)

Une personne du groupe tire une carte « SITUE-ATION » et lit (ou donne à lire) la situation à voix haute.

*   Le groupe discute : *"Est-ce que ce seuil de danger (1 à 5) vous semble juste ?"*

*  La décision est impérativement collective :**

    «  D’accord » : Placez le pion sur le seuil indiqué sur la carte (seuil critique pris en considération).

    « C'est pas si grave ! » : Le groupe trouve le seuil exagéré ? Montez alors le pion d’1 cran vers la zone de danger maxi (on sous-estime le risque).

    « C'est plus grave ! » : Le groupe estime sous évalué le seuil critique indiqué par la carte ? Descendez alors le pion d’1 cran vers le centre (on accroit le sentiment  d’urgence).

  • ÉTAPE 2 : L’ACTION (Le Tirage)

C’est le moment de vérité. On tire une carte au hasard dans le tas mélangé « Obstacles / Ressources », et...

*   Si c’est un OBSTACLE

    *   Lisez l’effet : Le système résiste, l’enfant est freiné.

    *   Action : Déplacez le pion de 1 cran VERS LE HAUT (Danger/Pointe).

    *   Discussion (1 min) : Comment contourner cet obstacle la prochaine fois ?

*   Si c’est une RESSOURCE :

    *   Lisez l’effet : Une aide concrète permet un bond en avant.

    *   Action : Déplacez le pion de 2 crans vers le Centre (Z.É.N.).

    *   Pourquoi 2 crans ? Parce qu'une bonne solution (une parole libérée, un placement sécurisé) change tout !

>  ASTUCE ANIMATION : Si le groupe est bloqué sur un Obstacle, il faut « mobiliser le collectif » (chaque personne donne son avis) pour transformer l'Obstacle en opportunité, mais cela coûte un tour de jeu.

  • ÉTAPE 3 : LE BILAN (Fin du tour, fin du Jour)

Regardez la position du pion :

*   Sur la Z.É.N. (Centre) : RÉUSSITE ! L’enfant est en sécurité pour cette fois. On peut arrêter là ou continuer avec une nouvelle situation pour voir si l'équilibre tient.

*   Sur la Pointe (Seuil 5 atteint) : BLOCAGE ! Le système de protection a craqué. L’enfant est en danger immédiat. Le groupe doit analyser : « Quel obstacle a été fatal ? Quelle ressource a manqué ? 

3. FIN DE PARTIE & DÉBAT

Le jeu ne s'arrête pas vraiment. Il sert de support à la réflexion.
La partie se termine quand le groupe décide de stopper les “Jours”.
Le vrai jeu commence maintenant : avec la discussion entre nous.

Questions aidant à conclure :

  • 1.  Quel obstacle vous a le plus révoltés ? Est-ce qu'il existe dans la réalité 
  • 2. Quelle ressource vous a semblé la plus difficile à activer ? Pourquoi ?
  • 3.  *Dans votre vrai métier / dans votre vraie vie, que pourriez-vous faire demain pour éviter l'obstacle tiré ?

VARIANTES ANIMATION

Niveau "Découverte" (Collégiens / Grand public) :

  •     Utilisez uniquement les cartes Situations de Seuil 1 à 3.
  •     Appliquez la règle : 1 Obstacle = 1 cran haut / 1 Ressource = 1 cran bas (égalité parfaite pour comprendre la mécanique).

*   Niveau “Expert” (Personnels ASE / Éducation / Justice / Santé)  :

  •     Utilisez toutes les cartes, y compris les Seuils 4 et 5 et les cas MNA/Inceste.
  •     Règle dure : Si vous tirez un Obstacle “Saturation” ou “Déni”, le pion monte de + 2 crans (brutalité de la réalité). Seules les cartes “Mobilisation Collective” (Jokers) permettent de descendre de 3 crans.
  •    Objectif : Ressentir la difficulté réelle du travail social et la nécessité absolue d’un réseau bienveillant à l’écoute des difficultés d’enfants.

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 EXEMPLE DE TOUR DE JEU (pour l'animation)

1.  Carte Situation : « La Loi du Squat » (Seuil 4). Le groupe trouve que c'est très grave, ils placent le pion sur le 4.
=> Tirage Carte OBSTACLE : Saturation : Il n'y a plus de place en foyer.

2.  Action : Le pion monte de + 1 cran. Il est maintenant au Seuil 5 (Urgence Vitale). 
=> Réaction du groupe : « Oh non, on est au rouge ! Il faut absolument une ressource au prochain tour. »

3.  Par la suite : En réserve une carte RESSOURCE : Le Réseau Solidaire (Gisti/Cimade). 
=> Action : Le pion descend de – 2 crans... et revient au seuil 3.

4.  Bilan : « Ouf, on a évité le drame grâce à l'asso, mais l'enfant est encore en risque. Il nous faut continuer. Tenons bon. Ensemble... »

 

 

 

 

« Dans la contrée lointaine d’un pays qui pourrait être le nôtre, chaque Jour commence en cherchant à résoudre une difficulté d’enfant... Et personne ne se couche tant que l’enfant n’a pas rejoint la Zone d’équilibre nécessaire où les enfants vivent leurs vies d’enfants. »

 

1ère étape : l’une des 25 situations où :

– l’enfant peut se mettre en danger soi-même (inconscience, curiosité, crédulité, scarification, goût du danger...) ;

– l’enfant sous la pression d'un entourage familial défaillant (laxisme, maltraitance, abandon, exploitation, inceste...) ;

– l’enfant court des risques à cause de tiers (suivisme, harcèlement, expériences-limites, incompréhensions de consignes, captivité aux écrans, emprises et influences...) ;

– l’enfant est en danger par les institutions (personnels sans formation, protection mal évaluée, mesures judiciaires bâclées, abus de pouvoir des professionnels, manque de moyens des administrations...) ;

– l’enfant est l’objet de préjugés, de stéréotypes et de représentations qui le déconsidèrent (incrédulité des adultes à son sujet, déni de sa parole, soupçons sur ses révélations, minimisation de son état, culpabilisation retournée contre son comportement...).

On placera les Pions sur la Rose des Vents, au point choisi par le groupe après lecture et discussion de la carte Situe-Action.

2e étape : les 5 seuils critiques

Au bas de la carte Situe-Action figure un degré (ou niveau) de dangerosité pour l’enfant : – 1. Alerte (pion vert) ; – 2. Menace (pion décoloré) ; – 3. Risque (pion bleu) ; – 4. Danger (jaune-orangé) ; – 5. Urgence (rouge). 

Une fois la situation lue au groupe, on en discute : « D'accord » ou « Pas d’accord » avec la mesure indiquée par la carte ?... De 1 à 3 minutes pour s'entendre :

  • ou bien placer le pion dans la case du numéro de seuil critique qu’indique la carte Situe-Action ;
  • ou bien  considérer que « Ce n'est pas si grave ! » : et le pion grimpe alors d’un cran vers la pointe de la Rose des Vents. Au cas où l’ensemble trouve exagéré le seuil critique de la carte Situation, le Pion monte d’un cran au-dessus, se rapprochant ainsi du point 5 ;
  • ou bien considérer au contraire que « C’est plus grave que ne le dit la carte ! », et alors on place le Pion un cran en-dessous, vers la Zone d'Équilibre Nécessaire où tout enfant peut vivre sa vie d’enfant.

C'est le moment de tirer au hasard l'une des cartes Obstacles / Ressources...

 

3e étape : tirer une carte Obstacle / Ressource

Les cartes OBSTACLES entravent l’aide à l’enfant :

– L’enfant ne coopère pas avec les personnes aidantes (mutisme, mensonge, fuite, détournement de l’attention, incapacité à expliquer ce qui lui arrive...) ;

– Les parents, tuteurs ou responsables s’opposent à l'aide proposée (retrait de plainte ou main courante, banalisation du cas, accusation de tierces personnes, retournement du victimat ; recours à des articles de loi qui les épargnent...)

– L’entourage manque de solidarité (refus de témoigner, dénonciation de comportements jugés délictueux chez l’enfant, récits de vie du passé à charge contre l’enfant, bouc-émissairisation de l’enfant, absence d’empathie ou de sympathie pour ce qui lui arrive...)

– Les institutions accablent l’enfant (dispositions administratives hostiles ou indifférentes aux signalements effectués, déclenchement de mesures juridiques expéditives, séparation imposée de la fratrie, placement de l’enfant dans des milieux culturellement incompatibles, maintien de l’enfant avec le parent abuseur...)

– Les préjugés l’emportent sur toute raison (« Pas étonnant, t'a vu sa dégaine ?!... », « C'est du mytho, rien d’autre ! », « Ça lui passera avec l’âge ! », « On n'y peut rien, c’est leurs choix ! », « Même si on signale, les tribunaux ne suivent pas et retour à la case départ ! »)

 

RESSOURCES

Ces cartes soutiennent l’accompagnement de l’enfant :

– « On te croit ! » Au-delà du silence de l’enfant et du manque de déclaration verbales ou écrites de sa part, les personnes aidantes savent déceler les signes du corps, car le corps parle (ecchymoses, repli sur soi, refus qu'on touche à sa personne, regards fuyants ou tremblements devant certains actes ou propos, pleurs, cris ou agitation extrême devant certaines images ou scènes..)

– Les enquêtes : l’attitude et les dépositions ne suffisent pas à abandonner l’enfant à son sort (visite des familles en relation avec l’enfant, relevé des notes et décryptage des renseignement indirects à travers ses dessins, ses devoirs, les anecdotes éclairantes sur l’éducation fournie, la nature de son alimentation, son rythme de sommeil, le type de jeux auxquels s'adonne avec plaisir l'enfant...)

– Le recours aux soutiens actifs : les associations de Protection à l'enfance mènent un travail constant vis-à-vis des enfants de familles en grande précarité ou de personnes mineures isolées sans famille (Trauma et Victimologie, L’Enfant bleu, le Gisti, l'Anafé, la Cimade, Médecins sans frontières, la Défense des Droits...)

– Les lois de protection de l'enfance : certaines dispositions législatives permettent de « mettre à l’abri » les enfants en détresse (hébergement en foyer ou famille d’accueil, suivi par éducation spécialisée, logements d’urgence pour femmes seules avec enfants, prises en charge des parents dont la maltraitance est avérée, éloignement imposé aux personnes harcelantes...)

– Les prises de conscience collectives contre les discriminations de toutes sortes (un effort d’information est réalisé par la presse d’investigation, contre les stéréotypes de genres, de classes, d'âges, de validité ou d'origine, contre les assignations d’office concernant les femmes, les pauvres, les enfants, les personnes handicapées ou celles qui sont racisées).

 

 

Fin du tour, fin de partie, mais jamais fin de jeu...

Chaque fois qu’on tire une carte « Obstacle », le Pion est rapproché de la pointe, vers le niveau 5 : au contraire, chaque fois qu’on tire une carte « Ressource », le Pion se dirige vers le centre Z. É. N.

Chaque tour (chaque Jour) se finit soit sur l’arrivée en point 5 (blocage : l'enfant risque les pires ennuis), soit sur l'arrivée en point Z. É. N. (soulagement : l'enfant peut vivre sa vie d’enfant)...

Quoi qu’il en soit, bloqué ou soulagé, on peut !

– tirer une leçon de ce qui s’est passé, échanger des expériences vécues, en discuter...

– retirer une nouvelle carte Situe-action et recommencer un autre tour (un autre Jour)...

Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on décide d’achever en se donnant nos conclusions, et avec l’espoir de trouver les ressources pour mieux accompagner nos enfants.

Courage !

Résolument

 

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Bouées de sauvetage

Dans un système en panne, les petits outils efficaces, partagés et humains deviennent encore plus précieux. 

Testé plusieurs fois en 15 jours autour du 1er mai, le prototype a reçu des accueils très favorables. Ces tests avec des familles non captives – puisqu’elles étaient de passage dans divers lieux, à Gourdon, à Cahors –, qui essayaient dans l’esprit de partager une bonne après midi, en promenade dans la ville, peut-être quelques syndicalistes aussi. Plusieurs ont joué, en s’appropriant un peu les règles et les cartes dont les textes sont parfois trop longs. 
Excellents retours : aussi un bon moyen de prévention :

« Pas toujours facile d’en parler avec les enfants, olala j’imaginais pas que ça arrive comme ça ! »

« On ne sait pas comment s’y prendre pour en parler avec les enfants, on ne saurait vraiment pas quoi faire, et c’est bien les cartes qui donnent des pistes »

« Ce que peuvent subir les enfants, même ici et de la part de l’école, on sent qu’il faut bouger, et que rien ne se fera en restant seuls entre nous » etc. 

Et chaque fois, des échanges et partages d’expérience entre adultes et même avec les enfants. Il y a eu des petits, la manière dont les parents leur parlaient de ce qui se jouait était très beau.
– Bien sûr, on ignore ce qu’en ont pensé les personnes qui ne se sont pas arrêtées !

Loin de “plomber” l'ambiance, le jeu a libéré la parole, créé du lien et rassuré les parents sur leur capacité à agir. Comme le dit Sophie, co-éditrice du projet : « Ce fut un moment de partage magnifique, où chacun est reparti avec des clés concrètes » (au soir du 1er mai à Cahors, salle des fêtes des Cheminots).

 

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