Pauvres éditions riches ! elles croient que les pauvres c’est nous !
De l’appel à l’acte : faire de l’édition un « vecteur de pensers » par la gouvernance collégiale en Occitanie
La tribune de Michel Valensi, relayée par Thierry Discepolo (Assises Pour des assises de l’édition pauvre), pose un diagnostic juste : l’« indépendance » est devenue un label marketing vidé de son sens. Mais au-delà de la critique économique, il y a un enjeu ontologique que le récent mouvement de solidarité interne chez Grasset (qu’avec Thierry Discepolo j’interprète comme une auto-célébration) a tendance à occulter :
La littérature n’est pas une richesse à produire, mais un « vecteur de pensers ».
Elle n’a pas à viser la production ou l’accumulation de capital, mais l’élargissement de nos mondes communs, la mise en mouvement des idées et la confrontation aux réalités vécues.
C’est sur ce postulat éthique et politique que notre maison d’édition associative de littérature, ABC’éditions, fonde son existence.
Partant, nous proposons de se mutualiser autour du projet ADD’OCC (Auto-Diffuser & Distribuer la littérature en Occitanie). Pour nous, éditer autrement signifie refuser la catégorisation marchande (best-sellers, genres étiquetés) pour défendre une littérature exigeante : poésie, théâtre, nouvelles, essais philosophiques et récits ancrés dans le territoire. Notre modèle (4 à 6 titres/an, tirages de 300 ex., CA à 4 chiffres) n'est pas un aveu de faiblesse, mais la condition nécessaire pour que le texte reste maître du jeu, libéré de la tyrannie du chiffre et de la rentabilité immédiate.
Transformer l'appel de Valensi en actes concrets nécessite plus qu'une mutualisation logistique ; cela exige une refonte de nos relations professionnelles basée sur cet état d'esprit rare : la priorité absolue donnée à la pensée sur le profit.
1. Une gouvernance collégiale au service du littéraire
Plutôt que de créer une structure hiérarchique, ADD’OCC se constitue en collectif opérationnel fondé sur une gouvernance collégiale. Éditeurs et libraires partenaires y disposent d'une voix égale non pas pour maximiser des ventes, mais pour définir ensemble ce qui mérite d'être lu et pensé. Le catalogue commun n'est pas une liste de produits, mais un manifeste de textes vivants, capables de « libérer les fragiles couleurs des existences les plus humbles ». Cette horizontalité garantit que la sélection des œuvres obéisse à des critères de qualité et de pertinence intellectuelle, et non à des rituels commerciaux.
2. Des objectifs d’entraide pour la circulation des idées
La solidarité est ici un outil de diffusion de la pensée. Nous nous engageons sur des objectifs précis :
- Relais systématiques : Chaque partenaire se fait le passeur des idées des autres. Un éditeur présent à un festival ne vend pas seulement un livre, il porte la parole d'auteurs absents, créant une chaîne de transmission ininterrompue.
- Tournées partagées : Organisation de circuits de diffusion communs sur le Lot et les départements limitrophes, où le temps gagné sur la logistique est réinvesti dans le débat, la rencontre et la lecture publique.
- Visibilité croisée : Mise en place de présentoirs « Sélection ADD’OCC » dédiés aux œuvres qui fuient les rayonnages standards, assurant une présence permanente à une littérature qui interroge le monde plutôt qu'elle ne le divertit.
3. Un plan de financement pour un demi-poste « défense et illustration »
Pour que cet idéal survive à la précarité, nous sollicitons la Région Occitanie et les dispositifs culturels pour un demi-poste expérimental (0,5 ETP).
- Mission : Ce coordinateur tournant n'est pas un gestionnaire de flux, mais un facilitateur de rencontres. Sa tâche : organiser la logistique commune pour libérer du temps aux auteurs et éditeurs, leur permettant de se consacrer à l'essentiel : l'écriture, la lecture critique et l'échange d'idées.
- Financement : Un mix de subventions publiques (au titre de l'innovation sociale et culturelle) et de contributions en nature (locaux, matériel) des partenaires.
- Objectif : Faire de ce poste un levier pour que la littérature retrouve sa place dans l'espace social, non comme un produit de consommation, mais comme un outil d'émancipation collective.
4. L’économie de la contribution : sortir de la vénalité
Enfin, pour rester fidèles à notre éthique, ADD’OCC privilégie un système d’échanges de services et de visibilisation, refusant la primauté de la trésorerie vénale.
- Zéro intermédiaire financier : La vente directe assure que les revenus retournent intégralement à la création, sans ponction spéculative.
- Troc de compétences et de savoirs : Les échanges se fondent sur la valeur d'usage et non d'échange : un graphiste offre son talent pour une affiche contre un temps de lecture ; un libraire offre un espace contre un atelier d'écriture.
- Compte d’heures partagé : Un suivi simple des heures consacrées à la diffusion des œuvres des autres permet d'équilibrer les efforts, transformant la contrainte économique en une richesse relationnelle.
Ce projet n’est pas une simple stratégie de survie, c’est une affirmation politique
L’acte littéraire élargit nos mondes. Il s'agit de construire, ici et maintenant, les infrastructures nécessaires pour que cette expansion soit possible, hors des sentiers battus de l'industrie culturelle. Nous invitons les libraires et éditeurs d’Occitanie, sensibles à cette définition exigeante de la littérature, à rejoindre cette gouvernance collégiale. Non pour signer une pétition, mais pour incarner, par l'organisation concrète, cette édition pauvre, debout et vectrice de pensers.
La littérature ne sauvera pas le monde, mais elle peut, si nous nous organisons pour la défendre autrement, sauver la capacité de le penser.
Jean-Jacques M’U Responsable, ABC’éditions – Ah Bienvenue Clandestin·es ! Porteur du projet ADD’OCC 6 rue du Majou, 46300 Gourdon contact@abceditions.org | ABCeditions.org
Facundo Cabral : Pobrecito mi patròn, cree que el pobre soy yo
El diablo fue al mar a escribir la historia del mundo pero no había agua Dios, la había bebido
Juan comodoro buscando agua, encontró petróleo pero se murió de sed
Yo no sé quién va más lejos
La montaña o el cangrejo
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
Quién sabe si el apoyarse
Es mejor que el deslizarse
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
Más que el oro es la pobreza
Lo más caro en la existencia
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
Solamente lo barato
Se compra con el dinero
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
Lo importante no es el precio
Sino el valor de las cosas
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
Dominar es un manera
Y así nadie se libera
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
Qué me importa ganar diez
Si sé contar hasta seis
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
Por eso
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
El único pobre es el que no vive
Y no vive el que está distraído de Dios
Su Padre, que es rico
Sí, Señor
TRADUCTION
MON PAUVRE PATRON Le diable est allé à la mer Juan Comodoro, Je ne sais pas qui va le plus loin, Qui sait si s’appuyer Plus que l’or, c’est la pauvreté Seules les choses bon marché L’important, ce n’est pas le prix Dominer, c’est une façon de faire Qu’importe de gagner dix
Prends exemple sur l’eau Qui est humble et généreuse envers tous Prends exemple sur l’eau Qui prend la forme de ce qui l’abrite Dans la mer, elle est large, étroite et rapide Dans la rivière, elle se faufile entre les branches Tout en restant douce Elle polit la pierre dure Apprends de l’eau Qui, gracieuse, s’écoule entre tes doigts Aussi gracieuse que l’épi Qui se soumet aux caprices du vent Et se courbe jusqu’à toucher la terre de sa pointe Mais une fois le vent passé L’épi retrouve sa posture droite Tandis que le chêne qui, trop dur, ne se plie pas, Est brisé par le vent Sois souple comme l’eau Afin que sa force puisse te faire bouger avec grâce Pour accomplir ta destinée Et tu dureras autant que nécessaire Car seul celui qui se laisse transcender Par le transcendant sera transcendant C’est pourquoi Pauvre petit patron Le seul pauvre, c’est celui qui ne vit pas |