Pauvres éditions riches ! elles croient que les pauvres c’est nous !

Un appel, des actes : rendre à l’édition de littérature sa vocation fondamentale, de « vecteur de pensers »
Une réactualisation réaliste et réalisable de « l’appel à l’édition pauvre » de Michel Valensi (2014) : l’Auto-Diffusion & Distribution littéraires d’Occitanie (ADD’OCC)

De l’appel à l’acte : faire de l’édition un « vecteur de pensers » par la gouvernance collégiale en Occitanie

La tribune de Michel Valensi, relayée par Thierry Discepolo (Assises Pour des assises de l’édition pauvre), pose un diagnostic juste : l’« indépendance » est devenue un label marketing vidé de son sens. Mais au-delà de la critique économique, il y a un enjeu ontologique que le récent mouvement de solidarité interne chez Grasset (qu’avec Thierry Discepolo j’interprète comme une auto-célébration) a tendance à occulter : 

La littérature n’est pas une richesse à produire, mais un « vecteur de pensers ». 

Elle n’a pas à viser la production ou l’accumulation de capital, mais l’élargissement de nos mondes communs, la mise en mouvement des idées et la confrontation aux réalités vécues.

C’est sur ce postulat éthique et politique que notre maison d’édition associative de littérature, ABC’éditions, fonde son existence.
Partant, nous proposons de se mutualiser autour du projet ADD’OCC (Auto-Diffuser & Distribuer la littérature en Occitanie). Pour nous, éditer autrement signifie refuser la catégorisation marchande (best-sellers, genres étiquetés) pour défendre une littérature exigeante : poésie, théâtre, nouvelles, essais philosophiques et récits ancrés dans le territoire. Notre modèle (4 à 6 titres/an, tirages de 300 ex., CA à 4 chiffres) n'est pas un aveu de faiblesse, mais la condition nécessaire pour que le texte reste maître du jeu, libéré de la tyrannie du chiffre et de la rentabilité immédiate.

Transformer l'appel de Valensi en actes concrets nécessite plus qu'une mutualisation logistique ; cela exige une refonte de nos relations professionnelles basée sur cet état d'esprit rare : la priorité absolue donnée à la pensée sur le profit.

1. Une gouvernance collégiale au service du littéraire 

Plutôt que de créer une structure hiérarchique, ADD’OCC se constitue en collectif opérationnel fondé sur une gouvernance collégiale. Éditeurs et libraires partenaires y disposent d'une voix égale non pas pour maximiser des ventes, mais pour définir ensemble ce qui mérite d'être lu et pensé. Le catalogue commun n'est pas une liste de produits, mais un manifeste de textes vivants, capables de « libérer les fragiles couleurs des existences les plus humbles ». Cette horizontalité garantit que la sélection des œuvres obéisse à des critères de qualité et de pertinence intellectuelle, et non à des rituels commerciaux.

2. Des objectifs d’entraide pour la circulation des idées 

La solidarité est ici un outil de diffusion de la pensée. Nous nous engageons sur des objectifs précis :

  • Relais systématiques : Chaque partenaire se fait le passeur des idées des autres. Un éditeur présent à un festival ne vend pas seulement un livre, il porte la parole d'auteurs absents, créant une chaîne de transmission ininterrompue.
  • Tournées partagées : Organisation de circuits de diffusion communs sur le Lot et les départements limitrophes, où le temps gagné sur la logistique est réinvesti dans le débat, la rencontre et la lecture publique.
  • Visibilité croisée : Mise en place de présentoirs « Sélection ADD’OCC » dédiés aux œuvres qui fuient les rayonnages standards, assurant une présence permanente à une littérature qui interroge le monde plutôt qu'elle ne le divertit.

3. Un plan de financement pour un demi-poste « défense et illustration » 

Pour que cet idéal survive à la précarité, nous sollicitons la Région Occitanie et les dispositifs culturels pour un demi-poste expérimental (0,5 ETP).

  • Mission : Ce coordinateur tournant n'est pas un gestionnaire de flux, mais un facilitateur de rencontres. Sa tâche : organiser la logistique commune pour libérer du temps aux auteurs et éditeurs, leur permettant de se consacrer à l'essentiel : l'écriture, la lecture critique et l'échange d'idées.
  • Financement : Un mix de subventions publiques (au titre de l'innovation sociale et culturelle) et de contributions en nature (locaux, matériel) des partenaires.
  • Objectif : Faire de ce poste un levier pour que la littérature retrouve sa place dans l'espace social, non comme un produit de consommation, mais comme un outil d'émancipation collective.

4. L’économie de la contribution : sortir de la vénalité 

Enfin, pour rester fidèles à notre éthique, ADD’OCC privilégie un système d’échanges de services et de visibilisation, refusant la primauté de la trésorerie vénale.

  • Zéro intermédiaire financier : La vente directe assure que les revenus retournent intégralement à la création, sans ponction spéculative.
  • Troc de compétences et de savoirs : Les échanges se fondent sur la valeur d'usage et non d'échange : un graphiste offre son talent pour une affiche contre un temps de lecture ; un libraire offre un espace contre un atelier d'écriture.
  • Compte d’heures partagé : Un suivi simple des heures consacrées à la diffusion des œuvres des autres permet d'équilibrer les efforts, transformant la contrainte économique en une richesse relationnelle.

Ce projet n’est pas une simple stratégie de survie, c’est une affirmation politique

L’acte littéraire élargit nos mondes. Il s'agit de construire, ici et maintenant, les infrastructures nécessaires pour que cette expansion soit possible, hors des sentiers battus de l'industrie culturelle. Nous invitons les libraires et éditeurs d’Occitanie, sensibles à cette définition exigeante de la littérature, à rejoindre cette gouvernance collégiale. Non pour signer une pétition, mais pour incarner, par l'organisation concrète, cette édition pauvre, debout et vectrice de pensers.

La littérature ne sauvera pas le monde, mais elle peut, si nous nous organisons pour la défendre autrement, sauver la capacité de le penser.

Jean-Jacques M’U Responsable, ABC’éditions – Ah Bienvenue Clandestin·es ! Porteur du projet ADD’OCC 6 rue du Majou, 46300 Gourdon contact@abceditions.org | ABCeditions.org

Facundo Cabral : Pobrecito mi patròn, cree que el pobre soy yo

El diablo fue al mar a escribir la historia del mundo pero no había agua Dios, la había bebido 

Juan comodoro buscando agua, encontró petróleo pero se murió de sed

Yo no sé quién va más lejos
La montaña o el cangrejo
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo

Quién sabe si el apoyarse
Es mejor que el deslizarse
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo

Más que el oro es la pobreza
Lo más caro en la existencia
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo

Solamente lo barato
Se compra con el dinero
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo

Lo importante no es el precio
Sino el valor de las cosas
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo

Dominar es un manera
Y así nadie se libera
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo

Qué me importa ganar diez
Si sé contar hasta seis
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo

Por eso
Pobrecito mi patrón
Piensa que el pobre soy yo
El único pobre es el que no vive
Y no vive el que está distraído de Dios
Su Padre, que es rico
Sí, Señor

 

TRADUCTION

MON PAUVRE PATRON

Le diable est allé à la mer
pour écrire l'histoire du monde,
mais il n'y avait pas d'eau :
Dieu l'avait bue.

Juan Comodoro,
en cherchant de l'eau, a trouvé du pétrole,
mais il est mort de soif.

Je ne sais pas qui va le plus loin,
La montagne ou le crabe.
Mon pauvre patron !
Il croit que le pauvre c’est moi.

Qui sait si s’appuyer
Vaut mieux que glisser ?
Mon pauvre patron !
Il croit que le pauvre c’est moi.

Plus que l’or, c’est la pauvreté
La chose la plus chère qui soit.
Mon pauvre patron !
Il croit que le pauvre c’est moi.

Seules les choses bon marché 
S’achètent avec de l’argent
Mon pauvre patron !
Il croit que le pauvre c’est moi.

L’important, ce n’est pas le prix
Mais la valeur des choses
Mon pauvre patron !
Il croit que le pauvre c’est moi.

Dominer, c’est une façon de faire
Et ainsi, personne ne se libère
Mon pauvre patron !
Il croit que le pauvre c’est moi.

Qu’importe de gagner dix
Si je sais compter jusqu’à six 
Mon pauvre patron !
Il croit que le pauvre c’est moi.

 

Prends exemple sur l’eau Qui est humble et généreuse envers tous Prends exemple sur l’eau Qui prend la forme de ce qui l’abrite

Dans la mer, elle est large, étroite et rapide Dans la rivière, elle se faufile entre les branches

Tout en restant douce Elle polit la pierre dure

Apprends de l’eau Qui, gracieuse, s’écoule entre tes doigts

Aussi gracieuse que l’épi Qui se soumet aux caprices du vent

Et se courbe jusqu’à toucher la terre de sa pointe

Mais une fois le vent passé L’épi retrouve sa posture droite

Tandis que le chêne qui, trop dur, ne se plie pas,

Est brisé par le vent

Sois souple comme l’eau

Afin que sa force puisse te faire bouger avec grâce

Pour accomplir ta destinée Et tu dureras autant que nécessaire

Car seul celui qui se laisse transcender Par le transcendant sera transcendant

C’est pourquoi

Pauvre petit patron
Tu penses que c’est moi le pauvre

Le seul pauvre, c’est celui qui ne vit pas
Pour suivre les voies
De la terre, qui seule est riche
Oui, Monsieur !

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