Conduire sa ligne éditoriale

La veille, mercredi 22 à 19h30, Cyril Laumonier, professeur à l’ISIT-Arcueil, nous invitait en première hors-les-murs pour un tour d’horizon des Inclusifves avec les autrices Inès Hinojo-Moulin et Clio Van de walle à la Librairie Les Caractères dans le 13e arrondissement de Paris
et le lendemain jeudi à 14 h, à l'ISIT Lab, dans la grande salle polyvalente du campus d’Arcueil, sous la médiation de Julie Beghelli, professeur de FLE.
Occasion pour notre maison d'édition associative d’esquisser quelques lignes sur la confrontation des œuvres littéraires face à l’industrie du livre.
Où l’on pourrait parler de ligne éditoriale
L'objectif « défendre les droits humains et de la nature » (cf. : nos statuts) implique l’accueil des talents : « Tout type de manuscrit est accepté a priori. Le genre, la longueur nous importent moins que le contenu que vous saurez rendre dans votre écrit, son message, la force de raisonnement, l’adéquation de votre propos avec les questions que nous pose notre temps. », voir, toujours en pied de page de notre site, l’onglet “Déposer votre manuscrit”). Mais... comment passer à l’action ?... Pour ne pas en rester au stade de la simple déclaration d’intention, il faut que les pratiques s’accordent aux principes énoncés.
En fait, deux critères mettent à l’épreuve n’importe quel principe : d'une part la technique qui en permettra la réalisation, et d’autre part la diffusion qui en validera la pertinence. Chacun de ces deux critères se décline d’ailleurs en plusieurs composantes qui peuvent troubler l’approche.
En matière de livre, considérons le cas de figure d’une maison d’édition associative – la nôtre, modèle artisanal, à but non lucratif, reposant sur les prestations bénévoles des volontaires. Sans notoriété ni visibilité, nous publions deux ou trois titres littéraires par an à raison de 3 à 500 exemplaires chacun ; nous vendons sur nos réseaux et ceux de nos autaires.
Fin 2023, réagissant à l’oukaze du patriarcat au pouvoir, notre équipe s’est piquée de décliner plusieurs formes d’écritures inclusives (et pourquoi pas ? nous n’entrons pas dans le débat pour ou contre, nous évaluons la validité des écritures vivantes au regard des nouvelles et de la poésie).
(1) la réalisation : composer un cercle de lecture qui étudiera en les comparant les manuscrits reçus.
Six mois à l'équipe constituée pour proposer une vingtaine de textes à mettre en page et à illustrer.
Un mois et demi pour la préparation, l’épreuvage, la correction et la maquette par l'éditeur.
Trois semaines à l'imprimerie pour façonner, mettre sous presse, massicoter, emballer et expédier les ouvrages.
Les coûts à ce stade de réalisation ?... « Personne ne paie et personne n’est payé » les membres du cercle de lecture (9 personnes) et les autaires (17 personnes) acceptent une rétribution en nature avec trois exemplaires du livre par personne.
L'imprimeur a facturé 1 650 € pour un tirage à 300 exemplaires, ce qui porte le prix du livre à 5,50 € par exemplaire.
L’éditeur (associatif, rappelons-le) souhaite rendre le livre accessible aux faibles revenus. Appliquant les préceptes de l’éducation populaire, il adopte un prix du livre à 10 €. Bien que réduite, la marge de 4,50 € suffit mathématiquement pour subvenir aux besoins de la promotion de l’ouvrage : dossier de presse, affichages, envois à la presse.
Détail qui avait échappé à l’analyse : le papier choisi est du couché mat 120 gr/m², ce qui porte à 223 grammes le poids du livre. Cette particularité technique va obérer les conséquences pour la diffusion de notre livre...
(2) la diffusion : en appeler aux solidarités en matière de littérature et de vie de la langue
(a – l’expédition) – Le coût d'un envoi de moins de 250 grammes s’élevait à 4 € en 2024 ; le prix monte à 7 € dès qu'on adjoint des documents supplémentaires : dossier de presse, catalogue, carte personnalisée...
Une solution consiste à faire supporter au client le prix de l'envoi. Pour un livre posé à 10 €, la proportion accordée à l'expédition variera donc de 40 à 70 % du prix de vente de l'ouvrage. Difficilement tenable sur le plan philosophique. Première atteinte au principe éditorial édicté.
(b – la vente en librairie) – Les librairies nous commandent peu en général, mais pour les Inclusifves, elles n'ont pas du tout commandé
Comment résoudre cette absence alors que les librairies militantes sont naturellement concernées par notre ouvrage ?... Tant d’énergie·s palpable·s, notre tenace implication au service de pensées audacieuses, ces rencontres inimaginables suscitées entre personnalités et créations, voilà toute cette chouette interférence, cette positivité (pour reprendre les arguments de la grande distribution) réduite à rien !...
Et pourquoi ? par la structure libérale ? non pas. Par quoi, alors ? par les fins de non-recevoir du dernier maillon de la chaîne. Du retour du détaillant dépend que notre livre existe ou pas. Et là, on peut le dire avec un certain effroi : nos allié·es naturel·les nous font défaut. Dès lors, que faire ? Le dilemme est particulièrement cruel (ironie tragique, dit-on en art dramatique)
– Faire passer le livre de 10 à 16,50 € ? ce qui nous ferait entrer dans la course financière que nous réprouvons : gaspillage, survalorisation du produit, sélection des lectorats par l’argent...
– Obtenir la compréhension des librairies les plus conscientes pour envisager un accord de distribution-vente égalitaire : commandes de titres de notre catalogue, dépôt-vente, présentoirs avec mise en évidence de notre livre... (voir notre proposition d'auto-diffusion & distribution littéraire : ADD’OCC)
LIBRAIRES, grossistes, détaillants et distributeurs
Nota : ABC’éditions n’est pas assujettie à la TVA
Nos tarifs sont donc entiers, libres de TVA
À titre judicatif, nos factures indiquent le montant que les instances soumises à déclaration peuvent reporter pour déduction
La grande question de toutes les questions n’est-elle pas de mettre nos actes en conformité avec nos idées réelles, profondes, pourvu que nos paroles ne servent pas à se couvrir d’une feuille de vigne pudique, à duper les bonnes volontés ou, pire, à se mentir à soi-même !